Le chien vert

Les Sarkaliomariens :

Il ne s'agit pas à proprement parler d'un conte, puisqu'il n'y a pas vraiment d'intrigue. Je ne donnerai pas ici la signification cachée de "sarkaliomarien", il suffit de comprendre que tout cela est très politique. Guy Sembic est un rebelle humaniste, très engagé contre le président Sarkosy, et l'intérêt du texte est surtout de voir comment l'écriture peut servir d'exutoire. "Les Sarkaliomariens" est un texte satirique, et très visuel dans son traitement (toute la critique du régime sarkosien se fait à travers l'image d'un oiseau gigantesque et symbolique). Comment résumer en quelques lignes ce que l'on pense d'une politique dans sa globalité ? Voilà la question à laquelle répond Guy Sembic, et si les opposants à Sarkosy voulaient fabriquer des affiches de propagandes ils utiliseraient certainement ce texte comme point de départ. Enfin, "Les sarkaliomariens" sert aussi à donner une légitimité à l'expression sur le web, comme un acte de résistance sous-jacent. J.N

 

Monsieur Cayeux :

"M. Cayeux", c'est l'anecdote autobiographique par excellence, une petite pierre au grand édifice du vécu que fabrique Guy Sembic au fil de son oeuvre. Un homme particulier, ce M.Cayeux, que les Sembic seuls auront connu sous un jour lumineux ; un homme contradictoire, imbibé de boisson aux yeux de tous, porteur de gravâts vaillant et infatigable pour la famille Sembic. Un hommage tout en humanité, sobre, avec une pointe d'humour. J.N

 

L'astronaute :

Si je souhaite parler de ce texte, ce n’est pas tellement pour en révéler la clé, mais pour montrer à quel point Guy Sembic est capable aussi de fabriquer des énigmes. Il arrive que le lecteur devienne une sorte de Sherlock Holmes enquêtant pour traduire la pensée de l’auteur, un peu comme chez Borges. Guy Sembic est un conteur, un vrai, qui s’exprime parfois à travers des paraboles. La portée de « L’astronaute » est indéniablement métaphysique. Pour moi, c’est l’image de l’homme voué à l’introversion, à la solitude intérieure, à une incapacité de pouvoir connaître le Vivant, ou encore de communiquer avec lui. Ce qui ressort le plus, c’est la beauté de ce texte à la fois très court et ayant un effet de finitude, de « totalisation » en ce sens où il semble contenir en lui toute l’énigme du monde et la situation de l’homme dans celui-ci, à travers l’évocation d’une simple image. JN

 

La tortue :

Le conte est construit à partir d'une anecdote d'enfance : le narrateur qui, peu à peu, parvient à apprivoiser une tortue récalcitrante et particulièrement repliée sur elle-même. Le mélange de poésie, de tendresse et de précision zoologique font en partie la réussite de ce texte. Mais qu'est-ce qui produit l'effet principal sur le lecteur, à savoir la magie de ressentir une osmose avec le narrateur et cette tortue, CONTRE l'agressivité des hommes ? Parce ce que nous avons tous ressenti cela : que la communication que l'on peut avoir parfois avec un animal est autrement plus réconfortante et chaleureuse que celle que l'on peut avoir avec un être humain ; peut-être aussi parce que l'on s'identifie à la fragilité de l'animal. En tout cas, cette communication, nous fait comprendre Guy Sembic, est plus réelle dans la mesure où elle se suffit à elle-même, comme par exemple celle entre un homme et un chien ; alors que, dans le commerce avec l'être humain, ce dernier "perçoit la relation non pas comme un être vivant mais comme le vecteur de [sa] pensée et de [ses] aspirations, le fil conducteur de [son] énergie, de [son] orgueuil, de [ses] projections entre lui-même et tout ce qu'il veut atteindre". Cette fable est un petit chef-d'oeuvre, dans la mesure où elle nous fait comprendre une triste vérité sur l'homme, non pas en nous édifiant, en nous expliquant, mais à travers l'émotion et le ressenti de chacun d'entre nous. JN

 

La femme au volant... :

Premier texte du recueil du Chien Vert. On s'attend à un énième discours gentiment humoristique sur les femmes au volant, et l'on découvre en quelques lignes un véritable hommage à la gente féminine. Tout l'émerveillement de l'homme devant une femme dans sa petite vie est contenu dans cette simple anecdote (l'image d'une femme sortant de sa voiture) qui vire au poème en prose d'une tendresse infinie. On s'attend alors à quelque chose de mièvre, de plat, et l'on découvre un tout petit texte plein de charme, où les femmes deviennent de "petites fées crispées" dans de "drôles d'autos". Un hommage éblouissant et menu, avec même un zeste d'étude sociologique pour bien cadrer le propos, par un Guy Sembic grand romantique (à sa manière un peu particulière) devant l'éternel féminin. Ce texte très visuel reste gravé dans la mémoire du lecteur, et constitue un petit chef-d'oeuvre laconique. JN

 

A la mémoire de tous ces enfants, ces filles et ces femmes, ces hommes que l'histoire a brassés dans l'anonymat :

 Dans ce texte très court, Guy Sembic, dont on connaît la conception du monde et de la vie, nous livre simplement une épitaphe tardive que l'on pourrait inscrire sur la tombe des générations qui nous ont précédées et qui avaient encore beaucoup moins de pouvoir et d'influence que nous aujourd'hui. Guy Sembic a toujours des ulcères à l'estomac de constater que ce sont ceux qui ont le pouvoir qui décident, et jamais le peuple ; cela existe encore à notre époque, mais du temps de ces enfants dont nous parlent Guy, la différence était écrasante. Le sujet traité ici, à la fois simple et révélateur de l'esprit profondément humaniste de l'auteur, s'enrichit et prend une dimension politique sur la fin : que serait-il advenu de notre monde aujourd'hui, si ces hommes-là, à l'époque, malgré leur vie misérable avaient eu de l'instruction et la possibilté de changer le monde ? Combien de génies ont été étouffés dans l'oeuf, combien d'individus incapables de faire s'épanouir leur potentiel ? Mine de rien, ce texte porte à la méditation sur notre condition actuelle, nous permet de prendre du recul, non pas, encore une fois, par une démarche froidement philosophique mais à travers l'émotion, comme toujours avec Guy Sembic. JN

 

Le vieux routard :  

Gabriel vit d'une petite pension et passe son temps à vagabonder sur une vieille mobylette qui tire une remorque contenant tout ce que Gabriel possède. C'est une sorte de clochard, qui plus est très sale et répugnant si l'on en croit sa description physique. Un jour, la chance fait qu'il est invité à passer le mois de juillet dans un très bel appartement bourgeois qu'il occupe seul, en totale liberté, pendant l'absence de ses habitants, un couple riche et raffiné. "Le vieux routard", c'est d'abord un conte érotique, voire pornographique, puisque Gabriel va passer son temps à se vautrer dans les habits chics de la propriétaire des lieux, en une orgie de masturbations assez impressionnante. "Le vieux routard", c'est aussi une fable, avec une vraie morale : il ne faudrait pas juger les individus selon des principes conformistes, il ne faudrait pas que l'homme soit aussi intolérant et "choquable" ; parce que l'histoire de Gabriel n'est pas immorale (ni morale, d'ailleurs) : elle existe, voilà tout, et ce qui se passe à la fin, tout ce qui se passe (notamment les affinités qui se créent entre Gabriel et le mari de sa "Muse" sexuelle après le décès de cette dernière, la compréhension mutuelle, sont un signe, par exemple, que les choses parfois ne sont pas aussi évidentes qu'elles le paraissent. "Le vieux routard" n'est pas à mettre entre toutes les mains mais il faut le lire, quand on est adulte, pour se divertir et méditer sur nos a priori. JN

Il n'y a pas de miracle... :

Guy Sembic écrit des textes courts qui appartiennent au genre du conte ou de la nouvelle, mais aussi qui sont parfois de simples pensées constituant, en s'accumulant, une sorte d'autobiographie mentale. Le Chien Vert contient quelques-uns de ces textes, dont "Il n'y a pas de miracle". L'ensemble de l'oeuvre, ensuite (tout texte compris), met en lumière (et ce sera certainement l'un des objectifs peu à peu de ce site que de la définir) une philosophie de la vie, ce que l'on pourrait appeler (le nom n'engage que moi) le "yugcibinisme" (Yugcib étant le pseudo de Guy Sembic sur le web). Définir une philosophie peut apparaître comme la réduction d'une oeuvre pour qu'elle prétende influencer le monde, ce qui ne plaîrait pas forcément à l'intéressé : nous n'en sommes donc pas là. De ce point de vue, toutefois, "Il n'y a pas de miracle" pourrait être un texte clé révélant le profond humanisme de Guy Sembic qui prend appui, pourtant, sur une idée de base fondée sur l'absurdité, voire la médiocrité du monde que par ailleurs il fustige. En un mot, il n'existe pas de vérité, les combats sont voués à l'échec, rien n'est jamais acquis, mais l'important demeure la révolte : il faut croire en ces hommes en particulier que l'on croise au cours de notre route, s'enrichir de nos différences ; mais surtout, les moments partagés (avec des amis de longues dates ou des rencontres furtives), les relations entre les individus, constituent la seule vérité "imputrescible" (je reprends le mot utilisé par l'auteur), du berceau à la tombe. Guy Sembic est aussi l'inventeur du terme "s'exister" les uns les autres, terme très évocateur s'il en est. "Il n'y a pas de miracle" est un petit caillou apporté à l'immense édifice que constitue cette oeuvre riche et cohérente, ou le scatologique pourfendeur de médiocrité se mêle à une non résignation fondamentale : l'espoir poétisé d'un humanisme qui empêche de tomber dans le cynisme ou le renoncement. JN

 

Pluie magique :

Guy Sembic, dans son style, est avant tout un poète, c'est-à-dire un observateur né doublé d'une capacité extraordinaire à exprimer les petits bouts de rien, les émotions que nous avons tous ressentis dans notre solitude intérieure sans avoir pu (et voulu) en parler à personne. Par exemple dans "Pluie magique", qui met en scène la beauté féminine à travers le bruit des talons aiguilles sur un trottoir par temps de pluie, les visages ruisselants. Une scène mélancolique dont nous avons tous un jour "ressenti" la beauté. Il est très difficile de parler de ce texte, le lire peut seul nous en révéler la poésie, un peu comme "St-Girons plage" qui évoque une après-midi estivale dans une station balnéaire landaise. Quelques textes, recueillis dans Le chien vert ou partout ailleurs dans l'oeuvre de Guy Sembic, qui nous éclairent sur une facette essentielle de l'auteur : son amour de la vie et des femmes (souvent évoquées à travers de petits détails, parfois gentiment moqueurs comme dans "St-Girons plage", qui en révèlent la magie et la beauté). D'autres textes sont aussi, parfois, d'un érotisme beaucoup plus "raide", comme dans "Le vieux routard" commenté plus haut, mais la femme est toujours délicate et belle chez Guy Sembic, avec ses qualités immenses et ses petits défauts déclencheurs d'amour auprès de la gente masculine. "Pluie magique", ou quand la beauté ne jaillit pas de nos motivations, de nos idées, de nos projets, mais du petit détail qui nous échappe le plus souvent, et qui n'échappe pas à Guy Sembic. JN 

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