Textes non recueillis

Le petiot :

Le sentiment de tendresse qu'inhale ce texte est très troublant chez le lecteur. Evidemment, certains pourraient le considérer comme insupportablement crados, mais ce serait qu'ils ne comprennent rien à rien. Non, vraiment, le mot qui convient le mieux pour qualifier ce texte, c'est celui de "tendresse". Il est difficile parfois d'évoquer les sentiments intimes sans faire dans l'ambiguité ou le crados. Ce texte me rappelle la chanson que Gainsbourg chante avec sa fille, Lemon Incest, qui évoque l'affection toute particulière existant entre un père et sa fille (ou entre une fille et son père) ; chanson très émouvante que beaucoup de personnes à l'époque n'avaient pas comprise, accusant Gainsbourg de prôner l'inceste ou la pédophilie. Gainsbourg s'était insurgé : ""L'amour que nous ne ferons jamais ensemble est le plus beau le plus émouvant"; ça veut dire ce que ça veut dire, non ? Merde !". Ce que Gainsbourg avait fait là c'est de parler d'un sentiment particulier, plus qu'intime, qui appartient à l'inconscient, quelque chose qui n'a aucune incidence sur la vie ni du père ni de la fille, qui se retrouve "socialement" parlant uniquement dans certains clichés (la jalousie d'un père envers le petit copain de sa fille, par exemple). De même, Le Petiot paraît crade a priori, mais il ne fait que raconter les sentiments particuliers (appartenant au non dit, à l'inconscient, à la velléité) ressentis par un petit garçon envers sa maman. Kundera considère la littérature comme l'exploration de la "mathématique existentielle", c'est-à-dire tout ce qui fait les comportements humains, les sentiments humains, les émotions humaines, etc. Eh bien, Le Petiot, simplement, explore l'un de ces éléments de la mathématique existentielle, mais un élément très difficile à exprimer, qui appartient pratiquement au domaine de l'indicible. D'où le tour de force, et le courage d'avoir osé le faire. "Le petiot" est à retrouver sur le blog du Merdier. JN

Dans dix mille ans :

L'être humain se construit toujours de la même manière, quelque soit l'époque, et contrairement à certaines idéologies utopistes les hommes ne sont pas faits pour exister au même niveau, pour être égaux : il doit y avoir ceux qui dominent, qui sont en haut de l'échelle sociale, et les autres ; la meilleure société possible étant celle où ceux qui sont à un plus bas niveau dans l'échelle sociale puissent avoir l'espoir de s'élever (voilà pourquoi notre société actuelle produit moins de révolutions qu'à d'autres époques : il y a toujours l'espoir pour tout le monde, en gagnant au loto dans le pire des cas, par exemple).

Aujourd'hui, la différenciation dans l'échelle sociale se fait à travers l'argent, c'est vrai. L'idée de l'immortalité pourrait en effet, un jour, remplacer ce système, ou tout au moins s'ajouter à l'échiquier et chambouler un peu les choses, dans la mesure où elle est séduisante et correspond à une inspiration de la plupart des gens (il y a toujours des exceptions). Métaphoriquement parlant le principe existe déjà, d'ailleurs : certains individus ont eu dans l'histoire de l'humanité une vie complètement anonyme et médiocre socialement mais ont accédé à la postérité après leur mort, alors que des grands pontes de leur époque sont tombés dans l'oubli. Le fait d'appartenir au "monde de la bibliothèque", par exemple, permet cela.

Cependant le texte de Yugcib soulève aussi un autre point, tout aussi important, de la nature humaine : il s'agit de la médiocrité fondamentale de son fonctionnement ; car le haut de l'échelle sociale (que la différenciation se fasse par l'argent ou par tout autre moyen) finit toujours par être dévolu à des hommes qui ne le méritent pas forcément. Pourquoi ? Parce que en fin de compte, si l'être humain se veut civilisé (et il y parvient par certains côtés dans la mesure où il est capable d'empathie), il n'en reste pas moins, fondamentalement, un animal comme les autres, c'est-à-dire que les dominants ont simplement, par rapports aux autres, le caractère, la puissance physique ou mentale, l'ambition et le besoin intrinsèque de domination, la capacité de séduction qui leur permettent toujours de passer devant les autres et de s'approprier le haut de l'échelle. On l'a toujours vu, on le voit aujourd'hui et on le verra toujours. Texte dans le blog du Merdier. JN

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