Grand Hôtel du Merdier : une oeuvre atypique de Guy Sembic

 

GRAND HÔTEL DU MERDIER

     Texte intégral sur http://www.alexandrie.org "bibliothèque" puis "essai"... En téléchargement libre...

 

A l'origine, « Grand Hôtel du Merdier » était un écrit « hors normes » rédigé sur deux ou trois feuillets en 1969 (j'avais 21 ans à l'époque)...

En fait je « m'étais lâché » et j'avais écrit ce texte « iconoclaste et débridé »... Que j'avais montré (et lu) à mes copains du Centre de Tri Postal PLM à Paris : Michel Mas qui animait une association littéraire « Service Compositions » essentiellement peuplée d' admirateurs de Françoise Hardy « un peu poètes sur les bords » et écrivant des textes et des chansons ; Daniel Pitelet, originaire de Thiers (Puy de Dôme) et Christian Roudier un Parisien qui passait son temps à lire et à voir les derniers films « Art et Culture » nouvellement sortis...

Après une mémorable nuit de la Saint-Sylvestre, celle du passage de 1969 à 1970, que nous avions passée ensemble, Michel, Daniel, Christian et moi dans la toute petite chambre d'hôtel qu'occupait alors Michel Mas avenue Daumesnil en écoutant des chansons de Georges Brassens, de Léo Ferré, de Jacques Brel et de Françoise Hardy ; nous décidâmes de prendre un petit logement à trois, et de quitter chacun nos « piaules » d'hôtel (fort minables soit dit en passant)...

Nous nous installâmes donc, Michel, Daniel et moi au 5 rue d'Aubervilliers dans le 18 ème arrondissement, près du métro « Stalingrad »... Dans un studio équipé d'un coin cuisine WC salle de bains donnant sur une cour intérieure sombre et sordide.

Christian qui avait préféré conserver sa petite chambre dans un hôtel du quartier du Marais, venait assez souvent nous rejoindre et nous passions durant l'hiver et le printemps de 1970, de fort mémorables soirées ensemble, généralement précédées par des après midi tout aussi mémorables.

C'est à cette époque là que j'écrivis un texte intitulé « Grand Hôtel du Merdier », entre autres nombreux écrits, récits, anecdotes, petites histoires (production 1967-1974)...

Lorsque je lus le texte à mes copains (il est vrai que nous étions entre nous assez intimes et animés d'un même esprit (autant marginal que de réflexion) ce fut un enthousiasme général et des éclats de rire à n'en plus finir. Je revois encore la tête de Christian Roudier chaque fois qu'il évoquait ce « Grand Hôtel du Merdier »!

Bien des années plus tard, en 2003 j'exhumai ces feuillets de « Grand Hôtel du Merdier » de quelque vieux carton contenant aussi des dessins que j'avais réalisés. En mai et juin 2003 j'étais brigadier remplaçant à la Poste dans le secteur Landes Océanes, et je me trouvais pour deux mois en « exil » au bureau de Laluque (où je ne voyais pas un chat de la journée, où je m'ennuyais à mourir... Jusqu'au passage quotidien de la jolie/jolie secrétaire de mairie très bien habillée, ou jusqu'à la venue de la jeune femme du restaurant du coin)...

Sur l'ordinateur de la Poste (dans les documents créés) je rédigeais alors tous mes écrits de l'époque (soit dit en passant des écrits « pirate »), que j'imprimais sur des feuilles A4.

A la poste de Laluque, seul et toute la journée sans « clients », je me mis à faire de « Grand Hôtel du Merdier » un « livre » de plus d'une centaine de pages... Dont je diffusai des extraits (ainsi que d'autres écrits « pirate ») auprès de mes copains de la poste des bureaux du Groupement, par les « sacoches »...

En 2006 je présentai « Grand Hôtel du Merdier » à Alexandrie éditions, et je me vis attribuer en 2007 le Prix Alexandrie » pour cet ouvrage...

C'est lors de la dernière révision de ce texte en 2006 que j'incluai « la dérive de Pou » un épisode situé entre la première et la troisième partie.

Voici en quelques lignes le résumé de « Grand Hôtel du Merdier » :

Trois « coccinialbulles » Zébu, Krem et Pou, vivent un « segment d'existence » en compagnie de trois filles, dans l'appartement de l'un d'entre eux. La « dérive » de l'un, Pou, ba dériver... d'une drôle de manière... Et nos trois compères vont rédiger ensemble une « oeuvre commune » pour le moins surréaliste...

[Prix de l'Essai Alexandrie 2007]

 

 

Extrait de la 1ère partie « Les Coccinialbulles » :

 

De conciliabules en imprécations bariolées d’arc-en-ciel d’ haleines fétides ; de torsions de coccix en ébouriffements de chevelures vertes ou rouges, Zébu, Krem et Pou, ventres moites et cervelles grêlées de flashs télévisuels, dans la piaule d’angle d’un cube à habiter, se débattaient comme trois coccinelles en formation orchestrale pour un coccinialbulle débridé, assassin, vengeur, insolent et pourfendeur de vieux accords lessivés… Et nos trois coccinialbulles hochaient de la crête, déboutonnaient leur braguette, crapahutaient les miches de leurs morues, exhortant en un ballet Halloweenien de spectres de morpions, de vieilles et pieuses animalculettes accrochées aux poils entremêlés des sexes pointus à se métamorphoser en vibrantes escadrilles tourbillonnant en piqué jusqu’au fond des alvéoles de peau satinée. Mais les animalculettes ourdirent entre elles des complots oiseux pour ne former que de tout petits carrés d’escadrilles répandant de l’essence de phéromones sur le bord des minuscules cratères de peau. Nos trois compères éructèrent et trombinèrent. Et les hagardes hères pouffèrent, se chevauchèrent et s’ arrachèrent, hérissées, harassées, de la couche putride où gémissaient encore les acteurs de ce ballet improvisé.

Au pied du cube des Coccinialbulles, sur un trottoir de vase vitrifiée cheminait un couple de retraités. C’était l’opulent monsieur Dupin, avec sa petite sacoche en cuir de vache en bandoulière et son beau pantalon à la papa au pli impeccable, suivi de sa Dupine bien enveloppée dans son bel imper fourré de très bonne coupe. Un petit chien frétillant à poils ras, quéquette en érection, trottinait hardiment et se précipitait dans les jambes encore bien galbées malgré son âge, de sa Dupine de maîtresse. Haletant, suffoquant, couinant, jappant et se tortillant en une transe de goret ivre, le petit toutou se dressa sur ses pattes arrière, déglutit son régal subit dans un spasme violent et contracté, frottant sa quéquette sur le bas du bel imper. Et la Dupine, dont l’élégance venait de ravir le jeune chiot, imperturbable, murée dans un silence aussi complice qu’outré, imagina le sourire narquois de la teinturière qui, inévitablement, ne manquerait pas de s’enquérir de cette coulure suspecte au bas du vêtement.

« Eh, t’as vu, Zébu, ces pépère et mémère endimanchés, sur le trottoir, en bas, avec leur petit toutou de cirque ? » s’écria Pou, encore en bandaison et le froc en accordéon.

« Ouais, je les connais, ils vont chez le notaire. C’est l’opulent monsieur Dupin et sa Dupine ! Ils ont hérité. Un de ces jours, faudra qu’on les cambriole, on mettra à sac leur coffre à bijoux de famille et puis, après avoir croûté le contenu de leur frigo, sifflé tous leurs pinards, bien pété et roté, chié dans leur beaux vécés en porcelaine de Limoges, on se fera une fête de toutes les fringues de leur fille ! » éructa haut de gamme Krem, un yaourt entre ses doigts.

 

Extrait de la 2ème partie « La dérive de Pou » :

 

Ce matin je ne me suis pas lavé.

En m’éjectant du pieu, je réalisai que les draps n’avaient pas été changés depuis deux mois.

Du robinet disjoint, l’eau coulait glacée, je me suis juste un peu passé les mains parce que la nuit durant, je m’étais tripatouillé le zizi, j’avais enfoncé les doigts dans les trous du nez, je m’étais gratté, j’avais décollé une araignée coincée entre deux orteils.

Dans le pyjama, je sentais une odeur musclée qui montait de l’entre jambe et de dessous du cul.

Je me suis arraché, après l’avoir fouillé, décollé, un loulou incrusté au fond de la fosse nasale, j’ai roulé le loulou, longuement, dans mes doigts.

Je me suis gratté le trou de bâle.

J’ai les ongles noirs, les doigts qui puent, de la crasse aux poignets et à la paume des mains.

La barbe me gratte, je la fouille avec rage, les croûtes tombent, j’essuie le sang qui goutte d’une écorchure.

Comme de petits flocons de neige, les pellicules tombent de mon crâne.

J’ai un bouton qui saigne, sous la pomme d’Adam.

J’en écrase un autre, encore plus pustuleux, qui laisse filtrer une perle de pus.

Je baille, j’ouvre un four à l’haleine de bébé dinosaure digérant de la bouillie de cadavre et de la friture de cloportes.

J’exhibe dans la glace souillée de chiures de mouche trois ou quatre moignons de molaires en putréfaction.

Avec le petit doigt, je me cure ce qui reste d’une molaire souffreteuse, je racle l’anfractuosité d’un coup d’ongle, je coince un débris pâteux de quelque substance alimentaire entre mes lèvres, je crache au sol l’horrible boulette que je ramasse puis roule dans mes doigts.

J’ai un de ces putains de mal au crâne qui me déchire la rétine.

Le cuir chevelu qui se consume.

Une rage soudaine de démangeaison m’envahit l’entre jambes, la peau grasse des couilles et le dessous des fesses.

A pleines mains, à pleins doigts, de toute la force de mes ongles, je frotte, je gratte, je pince, je pique, je serre.

Excédé, dévoré, je baisse le froc, j’écarte les guiboles pour donner plus d’emprise et plus de violence à cette tornade de gratouille.

C’est collant, ça pue, une odeur animale, une odeur de zob.

J’ai les poils gras, hérissés, rigides comme du crin et habités de petits bouts de corne noirs.

Triste réveil.

Et, du fond de mon exécrable crasse, de la fange qui brasse mes fantasmes, surgit une silhouette : la jeune femme chic, aperçue hier soir au coin de la rue Villot et de la rue du Char à bœufs.

Je la revois encore, avec la ceinture de son imperméable relâchée dans le dos, ses talons aiguilles et son écharpe volant dans le brouillard.

Et je bande dans mes odeurs de fauve, je râle et je crie, je balance la purée qui gicle sur le linoléum fendu.

Dans la détresse solitaire et le régal assouvi sous l’œil d’une hypothétique Bondiette branlant mes rêves interdits, dans les yeux gris chassieux de ces matins en eau de vaisselle refroidie, il n’y a plus de poésie.

Les idées, l’imagination et les sentiments, les bonnes résolutions, la vie intérieure et les pensées profondes se font la malle et se calent comme des taches de vanille ou de fraise, des crachats dilués, des huîtres bouillies ou des essaims nains de vermisseaux blancs dans ces ports lilliputiens de caniveaux , échancrures entre les pierres du trottoir, toutes proches de l’égout.

 

 

Extrait de la 3ème partie « L'oeuvre commune » :

 

Et si les heures vertébrales, cosmiques, décrassées de ces étranges secondes fugitives apparentées à de petites éternités soyeuses s’étiraient en expirations aigues, l’existence désormais larvaire et incrustée d’éclats de roche de Patrice, s’écoulait dans l’ombre préparatrice d’acharnements thérapeutiques.

Le gardien s’approcha des barreaux de la cellule, siffla comme mille merles longuement étripés, caqueta comme autant de poules tirailleuses d’intestins à la dérive, s’enquit de la forme de cet être qui n’était ni une bête ni un être mais peut-être une entité suceuse de tous les sangs de l’univers qu’il fallait avant de détruire, autopsier vivante, décortiquer puis découdre, percer de tuyaux et de sondes métalliques, écarteler lentement dans ses sidaïques soubresauts convulsifs…

Oh, droits de l’homme, oh, éthiquités érigées sur le fronton des mairies, que faites vous à la place des anciens bourreaux lorsque l’un de vos enfants ni homme ni bête abat, étripe, égorge, viole et se repaît dans le sang versé, déchirant les seins blancs des jeunes filles, sodomisant d’innocents bambins ?

Vous induisez de vaines thérapies et des années de prison qui ne servent à rien, des lois et des dispositions qui permettent à des fauves de faire des études, d’écrire des bouquins, et de ressortir vingt ans après, les couilles pleines de fantasmes fous, le cervelet bouffé de rêves de sang et de gorges blanches… Alors que des gamins sur la scène sanglante du théâtre de toutes les guerres et de tous les holocaustes sont chaque jour assassinés, que meurent des filles et des femmes sur l’autel de la mondialisation libérale dans les rites brutaux de la pauvreté organisée !

Vous parlez de thérapie, de rachat possible, vous mettez la bonté de Dieu en sus… La bonté de Dieu, comme la méchanceté des hommes d’ailleurs, n’est-elle pas une invention de ces crétins de fils de rien du tout qui se croient issus d’un être suprême ? Ce qui n’est ni homme ni bête et n’existe que dans les sociétés humaines, est bel et bien l’œuvre de l’homme par contre…

Aucun animal au monde n’a jamais baisé avec le tout petit d’un autre animal de son espèce avant de le lacérer à coups de dents et de griffes. Seul l’homme nique ses petits et y prend du plaisir. Y’ à qu’à voir tout ce qui circule dans le monde comme photos, documents, films, cassettes et DVD ou sur internet, représentant des milliers de gosses assujettis aux caprices les plus invraisemblables de toute une caste de mâles privilégiés dissimulés en pères de famille, en éducateurs, ecclésiastiques et intellectuels…

 

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