Le Chien Vert :Textes divers, récits et histoires

 

LE CHIEN VERT

     Texte intégral sur http://www.alexandrie.org dans "Bibliothèque" puis "nouvelle" puis "chroniques". En téléchargement libre.

 

En Avril 2004 je publiai aux éditions du Manuscrit (édition en ligne) un livre intitulé « Quel monde possible »...

Ce livre n'était en réalité, du moins dans sa première partie, qu'une reproduction de quelques textes de sujets d'actualité que j'avais envoyés au « courrier des lecteurs » du journal Sud Ouest...

Dans la deuxième partie j'avais sélectionné plusieurs de mes textes les plus récents ou de la période 2001-2005.

Jean Claude Guillebaud, écrivain et journaliste et éditeur au Seuil, auquel j'avais auparavant envoyé mon manuscrit, m'avait répondu que « certains passages étaient intéressants mais que l'ensemble, trop disparate, ne pouvait pas faire l'objet d'une publication »...

Par la suite, je regrettai d'avoir ainsi produit un livre dont le contenu était surtout composé de sujets d'actualité... Qui n'ont jamais une réelle valeur littéraire du fait que l'on lit tous les jours dans les journaux, sur les blogs et dans les forums du Net, toute une pléiade de réflexions, de commentaires des uns et des autres sur de tels sujets d'actualité...

Alors en 2007 me vint-il l'idée de produire un livre différent de ce « Quel monde possible » publié aux éditions du Manuscrit...

Et ce livre c'est « Le Chien Vert », un livre de récits, d'anecdotes et de nouvelles... Avec, il est vrai (peut-être encore trop) quelques sujets de réflexion ou d'actualité...

 

 

Extraits du Chien Vert :

 

... Chambre 17 un jeudi après midi…

Mademoiselle l’institutrice aux jolies lunettes

sortit de la chambre 17 de l’hôtel de la Poste, en cette

fin d’après midi d’avril, et se dirigea vers la gare où

l’attendait son ami…

Mademoiselle sans maquillage, mademoiselle bien

imperdée aux jolies gambettes, mademoiselle

l’intellectuelle aux sages folies, mademoiselle très

gentille et très bien vue dans le voisinage… qui venait

de passer un petit bout d’après midi derrière des volets

clos…

Cette élégante et agréable silhouette féminine

allait bientôt rejoindre une silhouette masculine qui, à

l’heure présente se mouvait sur le quai d’une gare…

Le grand garçon efflanqué serré dans son long Kway

bleu foncé, suffoquant de bonheur en descendant

du wagon, dans un quart d’heure tout au plus,

enlacerait, fou de bien être, son amie, aurait le goût de

sa salive sur ses lèvres, s’enivrerait de l’odeur de sa

peau sur sa nuque. Il sentirait tout son être, tout son

grands corps à peine sorti de l’adolescence, parcouru

de craquements ; puis elle l’embrasserait très

doucement, il monterait dans la voiture, suivant d’un

oeil ravi le mouvement des jambes de la jeune femme,

s’émerveillerait une fois de plus, de son accueil, de sa

simplicité et de sa gentillesse… Enfin… Il y croirait

vraiment.

 

... La « chienne bleue » du dimanche 10 Août

C’était un jeune marié… Un jeune marié poète et

philosophe…

Il lui sembla que lors de cet évènement qui était

celui de son mariage, le lendemain dimanche donc,

dans sa maison où se trouvaient réunis ses amis ainsi

que les deux familles, la sienne et celle de sa femme ;

qu’il pouvait envisager devant l’assistance, une

trentaine de personnes environ, de déclamer l’un de ses

derniers textes…

La mère Tamponne, une voisine sur qui l’on avait

compté pour assurer le service, une grosse femme

accorte, truculente dans ses propos, au vocabulaire

imagé, assez leste dans ses plaisanteries… et peu

encline à la littérature et à la poésie ; venait de

débarrasser la table et allait présenter le dessert, un

immense gâteau, son « oeuvre » à elle, une sorte de

pièce montée architecturée comme un château arrondi

tel que les enfants sur le sable mouillé d’une plage en

construisaient…

Le « Parrain », l’homme le plus en vue de

l’assistance, sans aucun doute pour son charisme et son

caractère de « bon vivant », avait débouché les

bouteilles de champagne et emplissait les verres

alignés…

Les jeunes et jolies cousines, dans leurs robes

affriolantes, puis la « Mamy » toute droite dans son

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Le chien vert

tailleur fleuri, se levèrent et « mitraillèrent » de flashs,

le plantureux gâteau fièrement arboré à bout de bras

par la mère Tamponne… suivie de l’un des quatorze

chats de sa maison, un magnifique mâle siamois qui

venait de s’agripper à son jupon.

La mère Tamponne posa le gâteau au milieu de la

table et invectiva son polisson de matou qui, de ses

dents et de ses griffes, s’acharnait sur le bas du jupon.

Elle le prit sans ménagement dans ses bras, et devant

tous les visages ébahis, souleva avec ses doigts la

queue du chat, exhiba et pétrit les « boules »…

« Voyez moi ça, les amis ! En voilà une belle paire de

roupettes ! »

Il y eut un silence. Même le « Parrain » ne trouva

rien à répondre. Puis les cousines s’étouffèrent de rire

et la « Mamy » se rassit, « bataillant » avec deux ou

trois touches de son appareil photo car dans son

« mitraillage » elle avait pris la mère Tamponne

soulevant la queue de son chat…

L’on découpa le gâteau, l’on trinqua et les

conversations s’entrecroisèrent entre des personnes qui

n’étaient pas assises les unes à côté des autres…

Puis le « Parrain » tout à coup, réclama le silence

et déclara : « Je crois que le jeune marié a quelque

chose à nous lire ».

Aussitôt les visages se tournèrent vers Yves qui,

debout, venait d’extraire de l’une de ses poches,

quelques feuillets pliés…

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Le chien vert

Dans son costard formaté acheté en « grande

surface commerciale », et ses feuillets d’écolier à la

main, il se sentit, notre « poète philosophe », à ce

moment-là, un peu ridicule. Néanmoins, il parvint à

lire d’une voix égale, et sans émotion trop extériorisée,

son texte qui, tout de même, couvrait huit pages de

grand cahier d’écolier.

Il avait intitulé son histoire « La chienne bleue »,

et le personnage principal de son récit était une jeune

fille marginale, une clocharde récemment sortie de

prison, et qui devant les terrasses de cafés, de ville en

ville, lisait des poèmes. Cette jeune fille avait une voix

très douce, chargée d’émotion, qui contrastait avec son

regard noir et son comportement habituellement

agressif…

Si, au tout début de la lecture de ce récit, les

visages semblaient attentifs, il vint un moment de

« flottement », sans doute parce que le texte était assez

long et que quelques personnes devaient trouver

certains passages un peu ennuyeux ou trop

embrouillés. D’ailleurs, le « Parrain » avait enfoui sa

tête entre ses mains et, visiblement somnolait…

La jeune mariée pour sa part, très élégante dans sa

jupe blanche fendue et mettant en valeur ses jambes

ravissantes et croisées, semblait perdue dans ses

pensées et, distraitement, tournait entre ses doigts un

verre vide…

Enfin le jeune marié termina la lecture de son texte

et se rassit. L’on applaudit pour la forme, et il n’y eut

d’autre commentaire que celui de la mère Tamponne,

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laquelle n’avait cessé durant toute la lecture du texte,

de tendre un visage ému avec par moments des larmes

dans les yeux… « Oh, monsieur Yves, c’est bien joli

ce que vous nous avez lu là ! »

Conversations et plaisanteries, de nouveau,

reprirent de plus belle tout autour de la nappe tachée de

vin, parsemée de miettes et ravagée de cendriers

débordants et de soucoupes salies.

Concurrençant le « Parrain », le jeune marié se

lança dans une blague aussi lourde que stupide, de son

invention, car en ce domaine il ne pouvait puiser dans

un répertoire qui lui faisait défaut.

La jeune mariée décroisa ses jambes et son regard

fit l’effet, à son « cher et tendre », d’un jet d’eau glacé

propulsé sur la partie la plus sensible de son être…

Quelques-uns des invités quittèrent la table afin

d’aller s’éventer au dehors ; la jeune mariée se leva et

se dirigea vers l’une des chambres, bientôt suivie par le

jeune marié…

La sieste qui se devait d’être « crapuleuse »… Ne

le fut point. Les jeunes époux étendus tout habillé sur

le lit, comme enfermés chacun dans leurs émotions et

dans leurs pensées, fixèrent le plafond de leurs yeux

immobiles.

Une mouche bleue se posa sur la jupe d’Isabelle,

et Yves, tendu à l’extrême de l’envie qui le tenaillait de

se jeter sur sa femme, caressait en pensée cette jambe

qui, le long de sa cuisse, l’électrisait… De ses doigts il

frôla lentement la jupe blanche tout au long de la

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Le chien vert

cuisse et jusqu’au genou ; il haletait intérieurement,

envahi d’un bien-être fou… Mais en même temps il

appréhendait le moment où sa femme viendrait à lui

parler de cette blague lourde et stupide qu’il avait

lâchée…

Une semaine avant leur mariage, Isabelle avait

acheté cette jupe blanche fendue sur le devant et

fermée par six grands boutons blancs. Elle avait dit :

« Il me faut bien ça pour le lendemain du mariage,

qu’en penses-tu Yves ? »

Et Yves avait été ravi, lors de l’essayage, de

trouver sa future femme aussi chic, aussi séduisante

dans cette jupe bien coupée ; et il avait étreint sa chère

Isabelle dans la cabine d’essayage, en proie à une

émotion aussi souveraine que violente…

Les années ont passé, depuis ce dimanche 10

Août…

Le « Parrain » mourut en voiture dans un accident

de la circulation ; la « Mamy » finit ses jours dans une

maison de retraite médicalisée ; les cousines se

marièrent et divorcèrent ; le jeune marié passa trente

années de sa vie dans une usine d’embouteillage et par

deux fois durant toutes ces années, l’une de ses

nouvelles fut primée lors d’un concours littéraire…

Dans le grenier de la nouvelle maison des mariés

du 9 Août, il y avait une valise verte contenant des

vêtements qu’Isabelle avait sauvés de trois

déménagements et de quelques « grands nettoyages de

printemps ».

 

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