Quelques textes de Guy

 

ILES  DE  TEMPS  DANS  L’ESPACE…

 

            Certains moments de solitude semblent plus difficiles à traverser que d’autres… Parce qu’ils sont accentués d’atmosphère… Il suffit d’une brise d’après midi sur la place déserte d’un village, d’un miaulement de tronçonneuse dans un bois tout proche, de la lumière d’un ciel brouillé et floconneux où se mélange gris, blanc et bleu…

Alors les visages absents, ceux de l’heure d’avant, et tous les autres visages aussi ; n’étant plus à nos côtés sur ce banc où l’on vient de s’asseoir, semblent s’éloigner, se diluer dans le ciel brouillé…

Et la brise d’après midi emplie de sons, de couleurs et de senteurs…et d’ailes blanches de papillons, appelle et rappelle une femme, un enfant, un ami, des camarades, ou, tout aussi immensément, ces êtres que l’on aurait aimé rencontrer…

Il y a comme une sorte de stérilité tragique dans ces moments particuliers de solitude.

Et je n’aime pas ces îles de temps perdues dans l’espace… Surtout avec ces élans, ces affections et ces mots qui me traversent et n’atteignent que le ciel de l’île…

 

Les mots jetés ou tus pour exister

 

Ces mots que tu ne prononces jamais

Sans doute te semblent-ils inutiles

Désuets, inintelligibles et sans avenir

Ils sont des fleurs broyées

Ou des rêves fermés

Ces autres mots prononcés, répétés, inventés

Jetés pour exister

Ont oublié de vivre

Ils sont de petits sujets modelés sur ton bureau

Ou soldats de plomb sur étagère dans une belle vitrine

Les mots sont presque tous

Dits ou non dits

Des confettis

Collés sur un pouce de gosse

Ou neigés sur les fleurs de sable et de roche

De tous ces grands déserts du monde

Pourtant si habités

 

 

Visage

 

Ce visage que l'on découvre – ou que l'on connait – qui nous a plu, et qui a vu, qui maintenant sait, et nous est désormais acquis...

Est assurément une heureuse certitude. Il est comme celui d'une mère, d'un père, d'un frère ou d'une soeur ou encore tel celui de l'un de trois ou quatre petits copains lorsque le très jeune enfant devant ces spectateurs amusés et aimants, s'élance dans l'eau au bord du ruisseau ou de la mer et exécute une pirouette toute drôle et hardie... Avec son coeur qui bondit, l'émotion qu'il porte en lui et exprime, une émotion qu'il ne sait pas souveraine parcequ'il est encore trop petit pour raisonner, une émotion qui explose sur ces visages attentifs...

L'enfant alors, découvre ce visage, ces visages qui lui sont désormais acquis, ces regards qui s'approchent de lui, brûlantes et douces lèvres de femme...

Au delà de ce visage, de ces visages là... Il y a aussi ce visage, ces visages qui eux, ne nous ont pas vu, ne nous verront peut-être jamais, et qui bel et bien existent, et savent que nous existons...

Alors, la pirouette drôle et hardie, avec l'émotion et l'espérance que l'on porte en soi, avec le coeur qui bondit, la pensée qui s'exprime et se répand... Il faut la faire car elle n'est jamais perdue, jamais inutile...

LA FEMINITE TRANSGRESSEE

     Autrefois la féminité était mutilée et décapitée...

Dans certains pays la féminité est encore mutilée et décapitée...

Aujourd'hui là où elle n'est plus - ou un peu moins - mutilée ou décapitée, la féminité est transgressée...

Au pire - et cela est - la féminité est mutilée, décapitée et aussi transgressée...

     ... Frangment de racine ramassé sur la plage de Labenne (Landes) en mai 2009 :

 

     

Un ami Vosgien

 

J'avais dans les Vosges un ami âgé de 88 ans en 2008 qui, tout comme moi effectuait le voyage aller retour entre les Landes et les Vosges. Mais lui ne séjournait dans les Landes que de fin mai à début septembre dans une maison (une ancienne bergerie) qu'il avait restaurée et aménagée lui même...

Cet ami a disparu le 1 er avril 2008. Un homme d'une grande intelligence, d'une grande délicatesse, un scientifique, un inventeur, un bricoleur ingénieux, et qui de surcroît était un homme humble et discret...

Dans les dernières années de son existence, autant dans sa maison des Vosges que dans celle des Landes ; maisons qu'il ne cessait d'aménager en artiste qu'il était et de doter de diverses commodités nouvelles, lorsque je le rencontrais j'avais l'impression que le poids des ans n'avait aucune prise sur lui...

Je ne vous dis pas le genre de conversation que nous avions ensemble lors de nos rencontres sur des sujets de philosophie, de littérature, de sciences, de géographie, d'histoire ou d'astronomie ou même encore de religion, lui qui semblait si détaché de toute foi et de tout culte... (et moi de même). Et ce regard sur le monde, sur l'actualité, sur les évènements, sur les gens ; que nous portions et qui nous rapprochaient... Un sujet entre autres que nous évoquions avec beaucoup d'émotion et d'humour était celui de la féminité...

Un jour mon ami me confia que son voisin le plus proche lui avait déposé dans sa boîte aux lettres un petit billet l'informant que, passé 5heures de l'après midi un arrêté municipal stipulait que l'utilisation de tondeuse à moteur ou autre engin bruyant était proscrit...

Mon ami, qui à ce moment là revenait des Landes, avec l'aide de l'un de ses fils, avait donc mis en marche sa tondeuse autour de sa maison. Il devait être dans les 4h de l'après midi, et bien sûr deux ou trois heures environ avaient été nécessaires pour effectuer le travail... En fait le voisin réside à plus de cent mètres, et mon ami ignorait totalement l'existence de l'arrêté municipal.

“Il aurait pu tout de même venir me le dire de vive voix, au lieu de déposer le lendemain matin un billet dans ma boîte aux lettres, et nous nous serions expliqués, je me serais excusé...” M'avait dit mon ami...

Les règlements sont ainsi faits qu'ils doivent être appliqués et que l'on s'y conforme... Au risque de se voir poursuivi ou dénoncé... Les règlements n'ont en général que faire de certaines particularités d'environnement et de circonstance, ou d'entente réciproque entre des parties qui ensemble conviennent au mieux de leurs besoins... Les règlements parfois sont aussi “bêtes” que les gens sont “de mauvais coucheurs”...

Je ne pense pas que la bêtise, la méchanceté, la mesquinerie et la médiocrité relationnelle ou même l'indifférence ou la violence directe ou indirecte... Soient une fatalité, un “ordre des choses” absolument implacable et permanent. Ce n'est peut-être là qu'une sorte de pesanteur... Une pesanteur comme un ciel gris, bas et plombé qui n'en finit pas de voiler le bleu au dessus, et existe depuis toujours...

Si ce voisin là avait su qui était vraiment mon ami, aurait-il eu le même comportement?

Peut-être que non...

Peut-être que oui...

 

Une définition de ce que j'appelle l'ennemour...

 

Julien Green dans “Minuit”, l'un de ses romans :

 

Il en arrivait à l'espèce de ligne flottante où l'égoïsme se confond avec une bienveillance qui n'est pas tout à fait la bonté, mais qui en prend la place aux yeux du monde”...

 

Voici bien là une phrase dont le sens rejoint en partie, sans doute dans sa partie la plus essentielle, ce que je définis comme étant de “l'ennemour”... L'ennemour, cette “marée” planétaire qui va et qui vient en un mouvement se perpétuant au rythme des pulsations les plus communes et les plus habituelles de l'histoire des hommes. Cette “marée” comme celle d'une mer tropicale ou méditérranéenne toute chaude d'un soleil de vacances qui berce nos rêves et ressemble à une caresse mais n'a cependant jamais cet effet si heureux et si profond et si durable qu'a le “vrai” amour... Cette “marée” qui est parfois aussi, une “marée noire” lorsqu'elle finit par nous devenir insupportable et désespérante...

 

Eternité provisoire

 

Je sais des êtres pour lesquels je n'ai aucune éternité provisoire et vers lesquels je ne m'existe pas. Ces êtres là, qui parfois découvrent mon existence à travers des écrits de moi leur tombant sous les yeux ; ne me donneront jamais dans leur coeur et dans leur esprit la moindre petite parcelle d'éternité provisoire...

Je sais des êtres qui me regretteront et pour lesquels j'aurai une éternité provisoire...

Je sais d'autres êtres pour lesquels je suppose que je n'aurai pas d'éternité provisoire, et de ces êtres là il en est vers qui je m'existe tout de même dans une sorte d'espérance sans doute déraisonnable...

A ces êtres qui me regretteront et pour lesquels j'aurai une éternité provisoire, je leur dis :

“Il vous faudra désormais faire sans moi, et j'espère que tout ce que j'ai exprimé vous servira et surtout vous accompagnera”...

A ces êtres pour lesquels je n'aurai pas d'éternité provisoire – et cela pour les raisons que je sais et ayant entendu, pressenti et éprouvé ces raisons – je leur dis :

“Je m'en fous comme d'une canette de bière vide jetée brutalement dans une poubelle”...

A ces êtres pour lesquels je suppose que je n'aurai pas d'éternité provisoire et vers qui je me suis tout de même existé dans une sorte d'espérance sans doute déraisonnable, je leur dis :

“Toi et moi nous nous sommes ratés, et il n'y avait pour toi comme pour moi, qu'une seule et unique traversée”...

 

... Eternité provisoire : c'est le souvenir que l'on porte en soi d'une personne disparue. Un souvenir qui peut se transmettre et passer plusieurs générations.

Le souvenir finit par se diluer et disparaître. La preuve? Que reste-t-il de ce berger ou de ce paysan illettré de l'an mille qui racontait aux veillées de si belles histoires?

Il n'y a que les légendes qui sont des éternités provisoires beaucoup plus longues... Mais les légendes ont travesti, embelli ou transgressé ce qui, une seule et unique fois, fût...

 

Promenade autour du lac de Gérardmer

 

Je ne puis passer devant ce banc là, près d'un petit pont de bois sur l'esplanade du lac de Gérardmer, enjambant un ruisseau aménagé... Sans me souvenir de ce jeudi après midi de février en 1996 lors du festival Fantastic' Art”...

Un “petit vieux” de plus de 80 ans était assis sur ce banc en plein soleil. Il était tout seul et à côté de lui sur le banc, était posé un poste de radio qui diffusait de la musique “à tout bringuezingue”... Ce “petit vieux” se faisait la fête tout seul alors que passaient devant lui bon nombre de festivaliers... Et de fort chic et jolies festivalières... Qui ne le regardaient pas...

En ce tout premier jour de février à Gérardmer dans les Vosges “hivernales”, le ciel était d'un bleu absolu, le soleil absolument éclatant, et la température de l'air digne de celle d'un jour de juillet... (et oui, dans les Vosges, il peut faire ce temps là en février ; tout comme neiger un 15 Août à la Roche du Diable entre Gérardmer et le col de la Schlucht!)

J'ai senti à ce moment là, devant ce banc devenu orchestre et en face de ce “petit vieux” devenu “vacancier sur la côte d'Azur au lac de Gérardmer”... Que la solitude pouvait être dans la vie d'un être humain; aussi étrangère, aussi absente ou aussi inconsistante que l'ombre d'un visage dans la lumière d'un été Vosgien en plein hiver...

 

Le ruisseau des vanités

 

Si tout est contestable (ou relatif), si tout est vain, si tout n'est que verbiage, si tout n'est qu'hypocrisie, si tout ne veut rien dire, si tout n'est que confusion, si tout n'est qu'apparence, si tout n'est que tapage, si tout n'est que caprice ou inclination subite et ostentatoire du coeur et de l'esprit... Si tout ce que l'on dit ou écrit est tout cela, oui...

... Alors autant ne rien dire, ne rien écrire...

Et vivre sa vie tout simplement, sans “faire de vagues”; et faire du “tourisme” gastronomique, culturel, paysagique, festivalique, campinguesque, muséïque, sportif, érotique et autre... Et même du “tourisme relationnel”...

A quoi bon forummer, bloguer, siter, écrire des tapuscrits ou des livres ; polémiquer, ironiser, argumenter, aciditer, ennemouriser (et parfois tout de même aimer)... Et s'exister, penser même?

Autant rire ou pleurer tout seul, pour autant que cela vienne “tout de go” et que dans l'heure qui suit, l'on aille aux escargots, à la pêche, à la plage, aux champignons ou à un concert ou au cinéma... Ou que l'on ouvre un livre qui, comme disait Simone de Beauvoir, “sauve du désespoir”...

Dire ou écrire que c'est si beau... Ou si laid ; confettiser ses rêves, à quoi bon ? Pour qui, pourquoi ?

Le verdict éternel, c'est l'indifférence ; ou cette admiration, ou encore ce désamour qui, autant l'une que l'autre (l'admiration ou le désamour)... Sont un grand silence blême.

Il ne reste pour traverser ce silence blême, qu'à prendre un enfant par la main, à poser un doigt sur la joue d'un vieillard ou d'un malade, à donner une petite pièce à un sans abri qui a faim... Et à faire toutes ces “petites choses” tout au long de sa vie, pour les autres... Dans le silence.

 

 

 

    

 

 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site